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Le Klit main-libre :
et la masturbation, on en parle ?

Le Klit main libre

       La masturbation est tabou, notamment lorsqu'elle est pratiquée par les personnes qui ont une vulve. L'origine de ce tabou est vieux et ses racines sont si profondes et variées qu'il est difficile de les restituer (normes sociales, injonctions sexuelles, production scientifique, religion, etc.). Mais en voici quelques-une.

             Dans notre société, la sexualité est depuis longtemps centrée sur les hommes cis et leur pénis. Dans les rapports hétéros, il est admis que les préliminaires préparent la femme à la pénétration et souvent, le rapport sexuel prend fin une fois que l'homme a éjaculé. Tout se passe comme si le corps de Madame servait d'instrument pour le plaisir de Monsieur. Ainsi, une femme cis qui prend du plaisir toute seule, c'est gênant car c'est une sexualité qui se passe de l'homme.

           Ensuite, la psychologie ne nous a pas laissé un bel héritage. Jusqu'au XXe siècle en Europe et aux Etats-Unis, la masturbation des personnes à vulve est considérée comme pathologique*. Elles étaient réprimées, bâillonnées, torturées, menacées de mort, voire excisées (en 1948 est pratiquée aux Etats-Unis la dernière excision sur une petite fille de 5 ans afin de l'empêcher de se masturber). Si Freud reconnait la frustration sexuelle des femmes, il véhicule aussi l'idée que se caresser la partie externe du clitoris est digne d'une sexualité de petite fille, et que pour grandir et avoir une sexualité digne de ce nom, il faut passer à la pénétration. De quoi bien réduire les possibilités et ramener encore le plaisir au pénis.

             Et puis bien sûr il y a l'éducation. Les enfants peuvent découvrir le plaisir très tôt et se masturber. Plus ils sont jeunes, plus il y a de chances qu'ils n'aient pas encore intégré la notion d'intimité. Alors ils ont tendance à le faire devant les autres. Lorsqu'un adulte les découvre, il arrive souvent qu'il réagisse mal - les raisons peuvent être variées et pas forcément mal intentionnées. Les "on ne fait pas ça", "c'est pas bien", c'est sale" constituent autant de réactions qui peuvent entrainer des blocages une fois adulte. Alors qu'il suffirait simplement de leur apprendre les notions d'intimité et de consentement.

               Tentons de nous ôter ces idées de la tête : la masturbation c'est sain ! tant qu'elle est désirée, consentie et non compulsive.

Se donner des plaisirs solos, c'est d'abord un moyen de se relier à son corps, ses fantasmes et les pratiques et les endroits de notre corps qui contribuent à notre plaisir. Il existe autant de personnes que de manières de se donner du plaisir ; il n'est pas nécessaire d'utiliser un sextoy pour y parvenir. 

La masturbation peut également être pratiquée à deux. Ça peut être très excitant pour l'autre et lui être aussi très instructif puisque c'est un moyen de montrer les caresses et les pratiques qu'on aime sans avoir recours à la parole. Enfin, pour rappel, nous ne sommes pas des poulpes à huit bras ! Participer avec l'autre, à son propre plaisir, c'est une façon de stimuler en même temps toutes les zones érogènes du corps qui y participent. 

               Pour finir, deux remarques. Premièrement, la masturbation ne doit pas être vue comme une injonction. Il existe des personnes qui ne ressentent aucun désir sexuel ("asexuelles") et il ne s'agit en aucun cas de les pousser à cette pratique si elles n'en ressentent pas le besoin. Les informations précédentes sont utiles dans le cas d'un sentiment de blocage et de frustration liée à ce blocage. 

Deuxièmement, attention à ne pas se perdre dans la marée de sextoys. Si le sextoy peut être utile dans certains cas pour explorer son plaisir, il faut aussi bien garder en tête qu'avec le moment féministe que nous vivons, les entreprises qui les produisent ont tout simplement compris qu'il y avait un marché à prendre. Donc ne te ruines pas dans des sextoys très chers quand tu peux très bien utiliser tes mains, ton coussin ou ton pommeau de douche. Attention également aux influenceurs et influenceuses qui se rémunèrent par les partenariats avec des entreprises et dont chaque post sur la sexualité est l'occasion de te vendre quelque chose. Enfin, de nombreux témoignages laissent à penser que certains sextoys peuvent désensibiliser le clitoris, et leur usage, devenir addictif.

Pour aller plus loin

     * Voir notamment : Gardey Delphine, Politique du clitoris (2019)  ou encore Liv Strömsquist, L'origine du monde (2016)

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